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5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 08:09

Cher Daniel, je viens de lire ton message, dont je crois bien comprendre la logique et les intentions, mais je reste encore indécis sur ce que j'aurai à faire le 7 mai. Pas plus que toi, je n'ai jamais considéré que le salut de mon âme était engagé dans le contenu de mon bulletin de vote, et je pense être bien débarrassé de tous les vestiges d'une conception théologique et messianique de l'histoire. J'ajoute que, dès avant le premier tour, j'envisageais froidement le scénario suivant : premier tour, Mélenchon ; deuxième tour, Macron. Je percevais déjà Macron comme il m'est clairement apparu mercredi soir face à Madame Le Pen, c'est-à-dire comme un calculateur rationnel et donc prévisible, contrairement à son adversaire, qui a bien montré, ce soir-là, que tous ses efforts pour "dédiaboliser" le vote FN n'étaient qu'une comédie. Je suis donc bien convaincu que ce n'est pas "bonnet blanc et blanc bonnet", encore moins un choix entre "la peste et le choléra", et donc si je croyais que mon abstention puisse permettre l'élection de MLP, je n'hésiterais pas une seconde à voter pour Emmanuel Macron (je rappelle ici ce que j'ai appris dans l'évangile selon Matthieu : Emmanuel veut dire "Dieu est avec nous"). Mais ce serait quand même un vote machiavélique, je veux dire un vote dont l'objet ne serait pas son contenu immédiat, mais le but poursuivi par son intermédiaire : non pas un vote d'adhésion (celui-là même que demande Macron) mais un vote pour échapper au pire, comme accepter l'esclavage pour sauver sa vie, suivant l'exemple classique employé par Rousseau contre les théories du "pacte de soumission". Et je n'oublie pas que Rousseau estimait que le livre de Machiavel est le livre des républicains. J'oublie encore moins que j'ai moi-même recouru, plusieurs fois dans ma vie, à un vote machiavélique : en 1981, j'ai voté Mitterrand dès le premier tour, pour affaiblir le poids des votes qui se porteraient sur Marchais ; en 2002, comme tant d'autres, j'ai voté pour Chirac ; en 2007, au second tour, j'ai voté pour Ségolène Royal, qui ne m'inspirait vraiment aucune confiance et aucune sympathie ; en 2012, j'ai voté (au second tour) pour Hollande, suivant ainsi le mot d'ordre de mon candidat du premier tour... C'est dire que je n'ai pas cru voter pour le salut de mon âme. Alors, évidemment, je pourrais bien voter pour cet Emmanuel, qui est beaucoup plus séduisant que Hollande, Royal, Chirac et Mitterrand, et dont le profil biographique me fait penser au jeune Bonaparte, et qui pourrait bien être cette chose très rare, un intellectuel au pouvoir, ce qui n'était pas même le cas de Mitterrand... Simplement, je m'en tiens à la raison qui m'a fait regretter mon vote pour Chirac : il n'avait pas besoin de ma voix, il n'avait pas besoin de nos voix, dont il n'a pas tenu compte (et Macron nous a déjà prévenus qu'il ne ferait pas le "geste" que lui a proposé Mélenchon). D'où la difficulté, nullement théologique mais totalement politique, que constitue pour moi le vote de dimanche : si l'évaluation que je fais des forces en présence est démentie par le résultat (par exemple si une forte proportion d'électeurs "Républicains" ne suit pas les consignes de Fillon, Juppé, etc., si trop de mélenchonistes primaires s'amusent à voter pour Le Pen, alors l'abstention sera devenue un coup de folie (non pas l'abstention en soi, mais cette abstention dans ce vote-ci) ; mais si Macron obtient une majorité confortable, et si je me suis laissé aller à voter pour lui, je le regretterai comme j'ai regretté d'avoir voté pour Chirac. Evidemment, dans l'un et l'autre cas, je ne jetterai la pierre à personne. Et j'espère que nous saurons aborder sereinement les échéances qui vont suivre. Bon courage, salut et fraternité, JL 

> Message du 04/05/17 16:16
> De : "GUERRIER Daniel" <guerrier.daniel@hotmail.fr>
> A : "GUERRIER Daniel" <guerrier.daniel@hotmail.fr>
> Copie à : 
> Objet : A mes ami(e)s insoumis(e)s ou pas, mais ni "sociaux-traîtres" ni "déserteurs"
« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde.
La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande.
Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »
Albert Camus (in Discours de réception du prix Nobel de littérature,
Stockholm, 10 décembre 1957).
 
                                                                  A mes ami(e)s
 
Dimanche, lorsque je mettrai un bulletin anti-FN qui sera effectivement décompté dans le résultat (ce qui n'est toujours malheureusement pas le cas pour le vote blanc), cela ne signifiera en rien que je donne ma voix à Macron. Il ne sera pas le président que j'aurais "élu" - au sens où je ne l'ai pas choisi -. Mon vote m'obligera d'autant plus à le combattre, ayant d’ailleurs été récemment de toutes les mobilisations contre la loi «Travail». Soyez rassurés, ce ne sont en rien les sirènes de tous les bien-pensants défenseurs acharnés de l’establisment qui alimentent la réflexion de l’individu que je suis qui n’est pas prêt de marcher en file indienne.
Confronté à des ami(e)s dont la colère est telle qu'ils sont prêts « à renverser la table » (y compris pour certains tentés de voter Le Pen, comme si du chaos créé le phénix de la Révolution allait renaître de ses cendres - et à ce sujet sommes-nous prêts et surtout préparés à la faire, et en plus laquelle ? la « révolution nationale » de sinistre mémoire ! -). Par respect et/ou amitié pour eux, je me dois de m'exprimer.
D'autres, pourtant porteurs d'une culture politique,  en appellent au "bonnet blanc, blanc bonnet" de Jacques Duclos en 1969 devant le choix Pompidou - Poher, mais si une analogie peut être faite entre les deux anciens banquiers de chez Rothschild, en l'occurrence Pompidou et Macron (mais pour mémoire Emmanuelli, plutôt respecté dans la « gauche de gauche », n'était pas moins un ancien de chez Rothschild !) alors Poher correspondrait à Le Pen ? Et même pris à l'envers, cela reste totalement abscons, Pompidou correspondant à Le Pen ! Et puis la situation actuelle est-elle comparable ? Même perdante une Le Pen ayant doublé ses voix n'a rien à voir avec le père qui n'avait rien engrangé de plus au 2e tour de 2002, et qui plus est sur un programme de plus en plus «national-socialiste» (au moins dans les termes, si ce n'est en véritables projets d'action).
Les mêmes en viennent à considérer Emmanuel Macron comme l’ennemi prioritaire et principal  aujourd’hui (cf. le texte d’un «camarade» du blog Réveil communiste : http://www.communcommune.com/2017/04/aucun-vote-pour-marine-le-pen-aucun-vote-pour-macron.html)  tout en restant au milieu du gué. Allez au bout de votre raisonnement et appelez à voter Le Pen, tout comme, en son temps, Palmiro Togliatti et tout le Comité central du Parti communiste italien cosignaient un appel aux fascistes pour faire cause commune contre les capitalistes, intitulé « Pour le salut de l’Italie, réconciliation du peuple italien ! » en août 1936 (in Lo Stato Operaio n° 8) !
Que des personnes désemparées, acculées économiquement et socialement, en colère, voire très jeunes encore peu au fait des aléas de notre histoire sociale... soient sensibles aux sirènes du ni-ni et n'arrivent pas à aller voter ou n'arrivent qu'à voter blanc ou nul ou même soient tentées par « le pavé dans la mare », je les comprends et je n'ai aucun mépris à leur égard. Mais n’avons-nous pas un devoir d’éducation populaire à leur égard plutôt que de caresser dans le sens du poil les indécis pour ne pas les braquer, au nom d'un populisme qui a pu par le passé servir de terreau au meilleur comme au pire. Ceci dit tout en étant totalement d’accord avec le refus de toute consigne de vote (comme si les «gens» étaient des petits soldats aux ordres), ce qui n’exonère pas par responsabilité politique de tout un travail d’explication sans se cacher derrière son petit doigt quant à son choix personnel qui n’a rien de honteux et ne nous transforme pas en des «sociaux-traîtres» ou des «collabos» (tout comme ceux et celles qui voteront blanc ou nul ou s'abstiendront ne deviendront pas plus des "déserteurs").
En revanche que des individus conscients politiquement, avec une culture des luttes passées, pour certains un passé politique ou syndical, voire des responsabilités actuellement, en arrivent à tout mettre sur le même plan sans aucune idée des urgences et d'une certaine hiérarchie dans les combats est totalement irresponsable et du domaine de la posture qui n'aide en rien les plus vulnérables à voir plus clair sur le chemin de l'émancipation individuelle et collective.
J'excuse par avance ceux et celles qui réagissent émotionnellement et n'arrivent pas « à faire le pas ». Tout comme je respecte l'abstention de principe des détracteurs du parlementarisme et de la démocratie représentative qui ne participent jamais de près ou de loin au « cirque électoral » sans pour autant déserter la lutte sociale et qui répondent présents lorsqu'il le faut. Et je m’accorde avec eux lorsqu’ils avancent que « si les élections pouvaient servir à changer radicalement la société dans ses fondements, elles seraient interdites depuis longtemps ». Mais je n’ai jamais pensé perdre mon âme en mettant un bulletin dans une urne, sans illusion aucune, et par respect pour ceux et celles qui luttent de par le monde pour ce droit citoyen minimal ( y compris pour avoir le droit de s’abstenir). Il en résulte mon engagement ferme pour la vraie reconnaissance du vote blanc et la proportionnelle intégrale. Je ne trouve pas très élégant de considérer les élections comme des pièges à cons dès qu’un mauvais vent s’en dégage de la part de ceux et celles qui défendent bec et ongles la voie du changement social radical par le vote (ce à quoi je ne crois pas), tout en ne supportant pas, moi non plus, les injonctions moralisantes à voter coûte que coûte venues d’«alliés» de circonstance infréquentables.
Certes si la « prise du Palais d'hiver » est prévue pour demain, tout ce qui précède est idiot, mais malheureusement je ne pense pas que cela soit à l'ordre du jour. D’autant que le renversement du système capitaliste ne peut plus être que mondial aujourd’hui que cela nous plaise ou non. Ce qui ne signifie pas être condamné à ne rien faire, et par de multiples moyens il est possible  de garder le cap vers l’émancipation individuelle et collective.
                                                                                                                                                                                                                   Excusez-moi pour le dérangement. Salut et fraternité/sororité. Daniel Guerrier
> Pour mémoire :
> Le 26 avril 2002, entre les deux tours de l’élection qui opposa Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen, Jean-Luc Mélenchon signait  une tribune sans équivoque dans Le Monde intitulée Stopper la course à l’abîme :
> «Le vote d’extrême droite doit être réduit au minimum par nos propres forces. Je n’ai en effet aucune confiance dans les électeurs de droite qui n’ont pas voté au premier tour, et qui vont venir aux urnes, ni en ceux qui l’ont fait et qui sont à cette heure la clientèle visée par la campagne de second tour de Le Pen. Et je ne crois pas que Chirac soit capable de convaincre qui que ce soit par lui-même. J’affirme clairement que tout atermoiement dans les rangs de gauche nous expose au minimum à une nouvelle avancée de l’extrême droite qui dégradera davantage le rapport de force social et politique de la gauche aux législatives. Mais nul ne peut exclure non plus que pire encore n’advienne tant les jours qui viennent seront disputés et aléatoires. Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui paraît indigne de soi ?Ne pas faire son devoir républicain en raison de la nausée que nous donne le moyen d’action, c’est prendre un risque collectif sans commune mesure avec l’inconvénient individuel. Plus nous aurons réduit Le Pen avec le bulletin de vote Chirac, plus forts nous serons pour débarrasser ensuite le pays de ce dernier aux législatives.»
> Dans une archive vidéo de la même année Jean-Luc Mélenchon appelait à « ne pas hésiter ». «Mettez des gants si vous voulez, des pinces ou ce que vous voulez mais votez ! Abaissez le plus bas possible Le Pen.»
Pour infos, un texte que j'aurais pu écrire, en moins bien, mais que je cosigne sans problème, m'y reconnaissant pleinement quant bien même il ait été proposé par un collaborateur au think tank Terra nova
Petition · Emmanuel Macron: Le 7 mai, je vote gris · Change.org

https://www.change.org/.../emmanuel-macron-le-7-mai-je-vote-gri...
> Le 7 mai, je vote gris
> Monsieur Macron,
> Le 23 avril, nous avons voté Hamon, Mélenchon, Poutou, Arthaud. Nous faisons partie des 27,67 % d’électeurs d’une gauche socialiste rénovée, de la France insoumise, de la gauche anticapitaliste, sans qui vous ne serez jamais élu le 7 mai.
> Nous ne nous sommes pas reconnus dans votre personne. Nous ne nous reconnaissons pas dans vos revenus faramineux et les risques que vous auriez pris, alors que nous trimons pour décrocher un CDI et fonder une famille. Nous ne reconnaissons pas dans les réseaux de parrains, de mentors et de think-tank qui vous ont ouvert toutes les portes et qui attendent la monnaie de leur pièce. Nous ne nous reconnaissons pas dans les mercenaires de la politique qui accourent vous faire des offres de services, et sans qui vous ne pourrez pas gouverner longtemps. Nous ne nous distinguons pas une stature présidentielle dans l’absence d’obstacles, d’échec et de travail concret que votre vie raconte. Dans votre démission tapageuse alors qu’on vous avait fait l’honneur et la grâce de vous nommer ministre pour servir la République. Dans l’orgueil qui est le vôtre d’être président de la République ou rien.
> Nous ne reconnaissons pas une presse pluraliste dans les médias dominants qui vous ont consacrés des dizaines de «unes» depuis deux ans, au détriment des autres candidats. Nous ne souhaitons pas devenir milliardaires, car pour nous un milliardaire est quelqu’un qui a échoué à reconnaître ce qu’il doit aux autres, le parfait symptôme d’une société d’inégalités. Et vous nous donnez déjà trop l’image d’un gagnant au loto de la politique.
> Nous ne reconnaissons pas une grande modernité dans une présidence « jupitérienne » qui rétablira les chasses présidentielles, les ordonnances, réduira l’activité législative à trois mois par an. Nous ne nous reconnaissons pas dans un Charles de Gaulle sans la Résistance, un Mitterrand sans l’éloquence, un Rocard sans l’intelligence. Nous ne nous reconnaissons pas dans votre joie indécente au soir du premier tour où a triomphé l’extrême droite, nous n’avons que faire de voir votre conjoint ni de vous entendre exalter l’exigence de l’optimisme et de la voix de l’espoir. Nous ne nous reconnaissons pas dans le mode de scrutin de l’élection présidentielle qui élimine sans nuances, favorise des candidatures aventureuses comme la vôtre et impose des choix impossibles.
> Nous ne nous reconnaissons pas dans votre amour du nucléaire comme génie français, alors que bien des pays voisins n’y voient qu’un danger pour l’Europe. Nous ne nous reconnaissons pas dans la cure d’austérité que vous voulez imposer aux collectivités locales, dernier lien de confiance avec la République pour bien de nos concitoyens. Nous ne nous reconnaissons pas dans la pression sur les chômeurs, la fin des 35 heures et l’apologie du travail des autres, quand on se garde bien pour soi-même de toute pénibilité. Nous n’acceptons pas qu’on réduise les syndicats à des super comités d’entreprise sans poids politique. Nous ne goûtons guère ni aux courses d’esclaves de Uber ni aux cars low-cost qui portent votre nom, qui pratiquent le dumping social, polluent et ruinent les petites lignes ferroviaires. Nous ne nous reconnaissons guère dans quelqu’un qui a fait si peu, si peu assumé le quinquennat qu’il a inspiré, parle si vaguement et prétend à tant de pouvoir. Mais nous reconnaissons très bien ceux qui sont derrière vous.
> Le 7 mai prochain, lors du second tour de l’élection présidentielle, ne pouvant en conscience ni nous abstenir ni voter blanc, ni voter pour vous, nous voterons gris. Nous prêterons notre vote à votre candidature pour faire barrage au Front national et sauver la République. Nous le reprendrons aussitôt, afin de vous imposer une cohabitation avec une gauche rassemblée, qui vous initiera à la politique française et aux difficultés de la vie.
> Nous signons dès maintenant cette déclaration en ligne pour que le soir de la défaite de Marine Le Pen, le financier que vous êtes puisse évaluer lucidement son passif et ne se croit ni président de tous les Français, ni mandaté pour appliquer son programme.
> Croyez bien, Monsieur Macron, à l’expression de notre plus sincère opposition.
Dalibor Frioux, écrivain

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Published by jean-louis
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