Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 07:37

Un nouvel encyclopédiste : Luc Ferry et l'autonomie

Luc Ferry commence la publication d'une encyclopédie, "L'encyclopédie philosophique (les mots de la philo), qui est largement distribuée chez les marchands de journaux, et dans les bibliothèques de gare : deux volumes déjà parus, dont les entrées concernent quelques mots de la lettre A, comme altruisme, amour, agnosticisme, athéisme, angoisse, art, animal, apollinien (et dionysiaque), autonomie et authenticité... Le troisième volume abordera la lettre B (avec beauté, bohème... tout en réglant le compte d'un dernier mot en A : autorité). Trente volumes sont prévus, dont le sommaire est indiqué au début de chaque volume.
Je voudrais dire quelques mots d'un bref article sur l'autonomie, qui nous permettra d'apprécier sa démarche pédagogique. Il  invoque d'abord l'origine du mot : "Etymologiquement, le mot "autonomie" désigne le fait de se donner à soi-même sa loi. Il s'oppose à l'hétéronomie, une situation dans laquelle la loi nous est au contraire imposée de l'extérieur, sans que nous l'ayons choisie et approuvée nous-mêmes, par exemple à l'occasion d'un vote. C'est en ce sens que Rousseau, dans un passage célèbre du Contrat social, associe la liberté et l'autonomie en déclarant que "la liberté, c'est l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite" (c'est moi qui souligne les pronoms soi-même, nous, on, et nous-mêmes)
Remarquons que Ferry modifie le texte de Rousseau, d'une façon qui peut nous paraître innocente, et qui la transforme en banale définition, alors que, dans son contexte, elle exprimait un paradoxe : "l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté". C'est là une "définition" qu'on pourrait qualifier de "contre-intuitive", puisqu'elle fait consister la liberté dans une forme d'obéissance, elle a pour but de rappeler une opposition essentielle pour la pensée démocratique grecque : obéir à la loi n'est pas obéir à un maître, la création des lois représente une métamorphose dans la "nature" de l'homme, qui cesse d'être "un animal stupide et borné" pour devenir "un être intelligent et un homme".
De ce point de vue, il est important de comprendre que la création d'une loi n'est pas le fait d'un individu solitaire, qui se donnerait à lui-même une règle de conduite, comme il pourrait "prendre une résolution", à laquelle il n'est pas obligé d'obéir, et il faut bien comprendre que c'est toujours un "nous" qui édicte des lois, auxquelles chacun doit obéir, aussi longtemps qu'elles ne sont pas abolies.
C'est pourquoi il est discutable de rattacher Rousseau à la tradition cartésienne, comme le fait immédiatement Luc Ferry : "Le cartésianisme, notamment, avec son insistance sur la nécessité de mettre en doute les préjugés hérités du passé, de rejeter les arguments d'autorité au nom de l'esprit critique, a posé les bases de l'idéal démocratique de l'autonomie : penser par soi-même, telle est l'exigence ultime, l'impératif fondamental, non négociable qui va conduire progressivement tout un chacun à soumettre à l'examen critique les vérités les mieux établies par la tradition, à commencer par celles qui prétendaient tirer leur autorité de leur source Révélée (la majuscule est dans le texte)". Cette image du cartésianisme nous semble être faussée par la reconstruction rétrospective qui en fait l'origine de "l'idéal démocratique d'autonomie" : ce n'est pas dans le but de promouvoir l'autonomie de sa propre pensée que l'auteur des Méditations entreprend de révoquer en doute ses "anciennes opinions", c'est parce qu'il cherche la vérité, comme un "homme simplement homme", qui a fait l'expérience de ce que Pascal nomme les "puissances trompeuses", et qui est bien conscient du fait qu'il ne suffit pas de croire avoir trouvé, ou reçu, ce qu'on prend pour la "vérité" pour être en droit de la prêcher à ses semblables). J'aime mieux ne pas prolonger l'examen de ce texte, où Ferry prend appui sur une encyclique de Jean-Paul II pour dénoncer "cette tendance à tout passer au crible de la raison humaine" contre lesquelles il réagit, avec "les tenants des traditions religieuses" pour lesquel, en effet, "l'essence de la religion est, justement, l'hétéronomie, l'idée que les lois les plus essentielles, les lois morales notamment, nous viennent de Dieu, donc d'un principe hétéronome, extérieur et supérieur à l'humanité". 

Partager cet article

Repost 0
Published by jean-louis
commenter cet article

commentaires

Présentation

Recherche

Liens